Le quartier Athman ou Moussa : mémoire d’un quartier emblématique de Midelt

Dans la vaste plaine d’Outat, se dresse le ksar Athman ou Moussa, l’un des plus imposants de la région. Ses murailles, bien que rongées par le temps, gardent encore la majesté d’une forteresse qui fut jadis le cœur battant de la vie tribale.

Ce ksar, bâti par les Aït Izdeg, fut longtemps un centre de pouvoir et de rivalités. Les récits rapportent qu’il abritait des familles juives, installées dans le mellah, qui jouaient un rôle essentiel dans le commerce. Les marchés y étaient animés, les échanges vifs, et parfois les tensions éclataient, allant jusqu’à des affrontements armés entre clans.

Athman ou Moussa n’était pas seulement un lieu de résidence : c’était un espace de négociation, de pactes et de serments. Les coutumes tribales (izref) y réglaient les conflits, et les mausolées des saints locaux servaient de garants spirituels à la justice.

Avec l’arrivée du protectorat français, le ksar perdit peu à peu son rôle central. Le commerce se déplaça vers le « village » moderne, et les habitants quittèrent progressivement les ruelles étroites pour des maisons plus ouvertes. Mais les murs d’Athman ou Moussa continuent de porter la mémoire des générations qui y vécurent, des caravanes qui y passèrent, et des prières qui y furent murmurées.

Parmi les quartiers qui ont marqué l’histoire de Midelt, Athman ou Moussa, il occupe une place particulière dans le cœur de ses habitants. Ce quartier représente une partie importante de la mémoire collective de la ville et témoigne de plusieurs générations de vie quotidienne, de solidarité et de traditions.

Le Ksar fut édifié sur un plateau rocheux dominant l’oued Ouatat, lequel traverse champs et jardins, en un lieu qui constitua jadis un passage essentiel des caravanes commerciales reliant le nord au sud,Fes au Tafilalet « Sijilmassa » L’ensemble architectural s’inspire des constructions du Drâa, réalisé en terre, en pierre et à partir de matériaux locaux. Il était ceint de remparts destinés à le protéger des menaces extérieures et ponctué de tours de guet. Son architecture présente ainsi des caractéristiques locales répondant aux contraintes climatiques de la région, tout en satisfaisant à des impératifs défensifs assurés par les murailles et les tours.

Le Ksar comprenait cinq portes, don’t trois principales : « Imi Nighrm », «Imi Nait Oali,nomé: Imi N’li » et « Imi Nbab Errih », ainsi que deux portes secondaires : « Imi Nait Tiyni » et « Imi Nait Aïdhar », cette dernière étant réservée au caïd Ali Omoha Ousaïd, chef de la tribu des Aït Izdeg d’Outat. Chaque porte débouche sur des ruelles reliant les habitations entre elles, lesquelles conduisent à de vastes places situées au cœur du Ksar, appelées « Arhbi » (la place), lieu de rassemblement quotidien des habitants, en soirée, après l’accomplissement de leurs tâches, ainsi que pour les festivités.

Il abritait également une mosquée, des zaouïas affiliées aux confréries des Aïssawa et des Tijaniyya, ainsi qu’un mellah et une petite sénagogue destinée à la communauté juive. Plusieurs tribus y ont résidé, notamment les Aït Izdeg la principale, les Aït Haddidou et les Aït Murghad, elles-mêmes composées de nombreuses fractions, parmi lesquelles les Aït Yedir, les Aït Ben H’addou, les Aït Farkane et les Aït Bouchlih.

À l’issue de l’époque du « siba » et avec le retour de la paix, les propriétaires des maisons donnant sur le rempart extérieur exploitèrent celui-ci en y aménageant des balcons dits « Timnay ». Cette transformation donna naissance à des ruelles couvertes, semi-obscures ou obscures, à l’image du passage de « Tinqbiyin », devenu semblable à un tunnel. On l’appelait alors « Inqob Nait Tini » ou « Inqob Ar Ait Tini », c’est-à-dire le tunnel menant à la porte des Aït Tini ; cette appellation s’est progressivement fixée, au fil du temps, sous la forme aujourd’hui consacrée : « Tinqbiyin ».

Pendant des décennies, les familles qui y résidaient ont contribué au développement social et culturel de Midelt. Les ruelles, les maisons et les lieux de rencontre du quartier ont vu grandir de nombreux habitants dont les souvenirs constituent aujourd’hui un patrimoine immatériel précieux.

Athman ou Moussa est également associé à de nombreux récits transmis oralement. Les anciens évoquent avec nostalgie les fêtes traditionnelles, les jeux d’enfants dans les rues, les marchés de proximité et l’entraide qui caractérisait la vie du quartier.

Avec l’évolution urbaine de la ville, certaines constructions ont changé et de nouveaux habitants se sont installés. Pourtant, l’identité du quartier demeure vivante à travers les souvenirs, les photographies anciennes et les témoignages des générations qui l’ont connu.

Préserver cette mémoire est essentiel pour comprendre l’histoire de Midelt et transmettre aux plus jeunes le récit de ceux qui ont construit la ville au fil des années.

Cet espace est dédié à la collecte et à la valorisation des témoignages, documents et photographies relatifs au quartier Athman ou Moussa.

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