Le quartier Athman ou Moussa : mémoire d’un quartier emblématique de Midelt

Parmi les quartiers qui ont marqué l’histoire de Midelt, Athman ou Moussa, il occupe une place particulière dans le cœur de ses habitants. Ce quartier représente une partie importante de la mémoire collective de la ville et témoigne de plusieurs générations de vie quotidienne, de solidarité et de traditions.

Le Ksar fut édifié sur un plateau rocheux dominant l’oued Ouatat, lequel traverse champs et jardins, en un lieu qui constitua jadis un passage essentiel des caravanes commerciales reliant le nord au sud,Fes au Tafilalet « Sijilmassa » L’ensemble architectural s’inspire des constructions du Drâa, réalisé en terre, en pierre et à partir de matériaux locaux. Il était ceint de remparts destinés à le protéger des menaces extérieures et ponctué de tours de guet. Son architecture présente ainsi des caractéristiques locales répondant aux contraintes climatiques de la région, tout en satisfaisant à des impératifs défensifs assurés par les murailles et les tours.

Le Ksar comprenait cinq portes, don’t trois principales : « Imi Nighrm », «Imi Nait Oali,nomé: Imi N’li » et « Imi Nbab Errih », ainsi que deux portes secondaires : « Imi Nait Tiyni » et « Imi Nait Aïdhar », cette dernière étant réservée au caïd Ali Omoha Ousaïd, chef de la tribu des Aït Izdeg d’Outat. Chaque porte débouche sur des ruelles reliant les habitations entre elles, lesquelles conduisent à de vastes places situées au cœur du Ksar, appelées « Arhbi » (la place), lieu de rassemblement quotidien des habitants, en soirée, après l’accomplissement de leurs tâches, ainsi que pour les festivités.

Le palais abritait également une mosquée, des zaouïas affiliées aux confréries des Aïssawa et des Tijaniyya, ainsi qu’un mellah et une petite sénagogue destinée à la communauté juive. Plusieurs tribus y ont résidé, notamment les Aït Izdeg la principale, les Aït Haddidou et les Aït Murghad, elles-mêmes composées de nombreuses fractions, parmi lesquelles les Aït Yedir, les Aït Ben H’addou, les Aït Farkane et les Aït Bouchlih.

À l’issue de l’époque du « siba » et avec le retour de la paix, les propriétaires des maisons donnant sur le rempart extérieur exploitèrent celui-ci en y aménageant des balcons dits « Timnay ». Cette transformation donna naissance à des ruelles couvertes, semi-obscures ou obscures, à l’image du passage de « Tinqbiyin », devenu semblable à un tunnel. On l’appelait alors « Inqob Nait Tini » ou « Inqob Ar Ait Tini », c’est-à-dire le tunnel menant à la porte des Aït Tini ; cette appellation s’est progressivement fixée, au fil du temps, sous la forme aujourd’hui consacrée : « Tinqbiyin ».

Pendant des décennies, les familles qui y résidaient ont contribué au développement social et culturel de Midelt. Les ruelles, les maisons et les lieux de rencontre du quartier ont vu grandir de nombreux habitants dont les souvenirs constituent aujourd’hui un patrimoine immatériel précieux.

Athman ou Moussa est également associé à de nombreux récits transmis oralement. Les anciens évoquent avec nostalgie les fêtes traditionnelles, les jeux d’enfants dans les rues, les marchés de proximité et l’entraide qui caractérisait la vie du quartier.

Avec l’évolution urbaine de la ville, certaines constructions ont changé et de nouveaux habitants se sont installés. Pourtant, l’identité du quartier demeure vivante à travers les souvenirs, les photographies anciennes et les témoignages des générations qui l’ont connu.

Préserver cette mémoire est essentiel pour comprendre l’histoire de Midelt et transmettre aux plus jeunes le récit de ceux qui ont construit la ville au fil des années.

Cet espace est dédié à la collecte et à la valorisation des témoignages, documents et photographies relatifs au quartier Athman ou Moussa.

L’origine de la nomination du Ksar

 3ami Moha O’Nbarch a pris l’habitude d’organiser à son domicile une cérémonie que l’on appelle chez nous « salka » ou « sadaka », une réception organisée sur invitation. Les convives psalmodient le Coran d’une belle manière, puis dînent, discutent et devisent de choses concernant Taqbilte et d’autres , puis tout le monde s’en va. 

  Au cours des discutions, j’ai demandé par curiosité à 3ami Moha l’origine de la nomination du Ksar ! surpris par cette question inattendue, accroupis sur Tahidourte comme d’habitude, me disait :

– Viens Olaâydi, tu te rappelles de notre dernière visite au fameux Ali Bedda malade,à son domicile il y a,si je m’en souviens, cinq années ? que Dieu le guérisse et le protège en lui prolongeant la vie

– Oui ! Étaient présents : 3ami Lhou N’Ait Ouzza, Kasbaoui Ali, Elhadj Driss, Elghali Hmou et Lfkih My Abdellah …

– Tu te rappelles de son enthousiasme en nous voyant et de son accueil aimable et chaleureux ? dès qu’on est assis, lui et Lhou Ouzza racontaient « Athman ou Moussa » :

-Selon certaines sources orales : Athmane ou Moussa comprenait quatre fracions : Les Ait Yddère – Les Ait Ben Haddou – Les Ait Fèrgane– Les Ait Bouchlihe,tous originaires des sous-tribus des Ait Atmane et des Ait Moussaqui sont à leur tour originaires des tribus des Ait Izdeg et des Ait Hdidou ; celles- ci Possédant une place prépondérante au sein de la confédération Aït Yafelman, et ont joué un rôle d’équilibre dans la région. La route Fès Tafilalt, la vallée du Ziz, le col de Tizi N’ Talghumt faisaient leur poids. À partir du XVI siècle ils ont dépassé les cols de Jbel El Ayachi et de Jbel Maaskar pour occuper le vaste pays qu’ils habitent aujourd’hui.

Les Aït Izdeg sont une grande tribu amazighe du Moyen Atlas et du Tafilalet, originaire du Haut Todgha, qui s’est installée dès le XIIᵉ siècle dans la vallée du Ziz. Ils ont joué un rôle central dans la confédération des Aït Yafelman et ont marqué l’histoire régionale par leur résistance, leurs guerres contre les Aït Atta et l’autorité de leurs caïds.

– Ah ! c’est vrai 3ami Moha,je m’en souviens bien et, si ma mémoire ne me trompe pas ! 3ami Ali N’Ait Bedda a confirmé que son arrière, arrière-grand-père arrivant sur les rives de l’oued avec leurs compagnons : Les Ait Yddère – Les Ait Ben Haddou – Les Ait Fèrgane– Les Ait Bouchlihe, chassés par La poussée des Aït Atta car Le pays était austère. Les terres cultivables se résumaient à une mince bande longeant l’oued Ziz. Les forêts étaient clairsemées, les pâturages étaient maigres ; choisissaient l’endroit idéal pour construire leur forteresse qu’ils nommaient à l’époque, tantôt Tighramt n’ait moussa o athman tantôt Tighramt n’ait athman o moussa. Tighramt, véritable labyrinthe, maisons liées par des ruelles en tunnel, cette forteresse était édifiée sur le rocher pour assurer la stabilité de la construction, elle est fortifiée et donne ainsi refuge aux habitants contre les attaques des autres tribus.

– Tu as une très bonne mémoire mon fils ! . Ajoutant les paroles des autres participants au débat voyant la répartition Ait Atmane, Ait Moussa, Ait Ouzza, Aït Idir sur la région :

– 1. Ait Atmane douar à caidat Aït El Mane  d’Imouzzer Marmoucha ,Taza.
– 2. Ait Atmane de Tazzarine N’Ait Atta .
– 3. Ait Atmane sous-tribus dans la commune de    Lkheng cercle d’Errachidia
– 4. La tribu Zayane, qui gravite autour de  Khénifra se compose des sous-tribus dont Aït  Moussa
– 5. Guerrouane de Meknes composée des sous tribu dont – Les Aït Saïd ou Moussa
– 6. Les Douar Ait atmane et Ait moussa ( tribus d’Ait Hmama) caïdat d’Itzer Midelt
– 7. Ait Atman ou Ali douar sur la rive d’Ansegmir commune Ait Ayache
– 8. En arrivant à Boumalne, on trouve les ruines du vieux ksar Aït Idir et, un peu plus loin, la kasbah  d’Ait Ouzza, une des plus hautes de la région : 18 mètres.

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